À quoi sert encore un costume en 2026 ?
Il y a encore quelques années, le costume appartenait au vestiaire de l’homme actif avec une évidence qui dispensait presque de réfléchir à son utilité. On en possédait un pour le travail, un autre pour les occasions plus formelles, et l’on connaissait à peu près les circonstances dans lesquelles chacun devait être porté.
Ce cadre a disparu. Le costume n’est plus la tenue de travail par défaut. Dans les bureaux, les codes se sont assouplis ; le télétravail a encore accentué le phénomène et, dans de nombreux secteurs, une veste portée avec un pantalon différent suffit désormais à signaler que l’occasion mérite un peu plus d’attention qu’un simple jean.
Pourtant, le costume n’a jamais vraiment quitté les collections masculines. Mieux encore : depuis quelque temps, le tailoring y occupe à nouveau une place importante.
Alors, à quoi sert encore un costume ?
La réponse n’est peut-être pas à chercher dans le retour d’un quelconque dress code, mais dans une évolution beaucoup plus intéressante : le costume n’est plus seulement une tenue. Il est redevenu une possibilité.
Le costume après le bureau
La campagne Automne/Hiver 2026 de BOSS en donne une illustration particulièrement claire.
Présentée après le défilé milanais de la maison, elle ne se contente pas de reprendre les silhouettes de la collection. Photographiée par Matthew Brooks à Londres, elle les replace dans un environnement urbain, en mouvement, loin de l’image convenue du costume associé à une salle de réunion.

L’acteur britannique Aaron Pierre et le mannequin américain Grace Elizabeth figurent parmi les premiers visages de cette campagne, auxquels s’ajouteront Victoria Pedretti, Jaxson Dart, Wang Shun et Alica Schmidt dans des séries réalisées à Londres, New York, Hangzhou et Berlin.
Le choix des lieux n’est pas anodin. Le tailoring est montré dans la ville, au milieu d’autres vêtements et d’autres usages. Le costume n’est plus présenté comme une destination vestimentaire, mais comme l’une des composantes possibles d’un vestiaire.
Une silhouette conserve ainsi les codes les plus classiques du costume, avec une chemise blanche et une cravate. Une autre associe une veste croisée à un col roulé et à un long manteau pied-de-poule. Ailleurs, la maille et le daim viennent assouplir considérablement l’ensemble.
Le costume n’a pas changé de nature. C’est son contexte qui a changé.
Le costume n’a pas besoin d’être décontracté
Cette distinction mérite que l’on s’y attarde. Depuis quelques années, on cherche souvent à « décontracter » le costume en lui retirant sa cravate, en ouvrant la chemise ou en lui associant une paire de sneakers. Le procédé peut fonctionner, mais il ne suffit pas toujours.
Un costume conçu pour être formel le restera, dans une certaine mesure, même débarrassé de ses accessoires habituels.
Une veste très structurée, réalisée dans une laine sombre et lisse, conserve une autorité particulière. Elle semble attendre une chemise et une cravate. À l’inverse, une veste à l’épaule plus naturelle, réalisée dans une flanelle, une laine texturée ou une matière plus souple, accepte beaucoup plus facilement une maille ou une chemise portée ouverte.
La décontraction ne vient donc pas nécessairement de ce que l’on ajoute ou retire. Elle commence dans la construction du vêtement.
C’est ce qui rend l’évolution actuelle du tailoring plus intéressante qu’un simple retour du costume. Les vestes gagnent en souplesse, les pantalons prennent parfois davantage d’ampleur et les matières deviennent suffisamment présentes pour donner du caractère à la silhouette sans avoir recours à des effets spectaculaires.
Une veste peut suffire
C’est peut-être la transformation la plus importante.
Pendant longtemps, le costume était envisagé comme un ensemble indissociable : veste, pantalon, chemise et, souvent, cravate. Aujourd’hui, la veste prend progressivement son autonomie.
Elle peut être associée à un pantalon différent, à une maille fine ou à une chemise décontractée. Le pantalon, lui aussi, peut trouver sa place dans un vestiaire plus large.
Cette possibilité change considérablement l’intérêt d’un costume.
Il ne s’agit plus nécessairement de posséder une tenue destinée à une occasion précise. On peut choisir une veste pour sa coupe, son tissu ou sa couleur, puis construire autour d’elle plusieurs silhouettes.
Mais il faut se méfier d’une idée devenue presque automatique : toutes les vestes de costume ne sont pas de bonnes vestes dépareillées.
Une veste très fine, très lisse et fortement structurée conservera souvent l’apparence d’une veste de costume lorsqu’elle sera portée seule. Une matière plus texturée et une construction moins rigide se prêtent beaucoup mieux à cet exercice.
La polyvalence n’est donc pas une qualité que l’on ajoute après l’achat. Elle doit être pensée dès la conception du vêtement.
La matière avant la couleur
C’est aussi pourquoi la question du premier costume mérite d’être reposée.
Le traditionnel bleu marine demeure difficile à battre lorsqu’il faut répondre à un dress code précis. Il fonctionne avec une chemise blanche, une chemise bleue, une cravate sombre ou colorée et une grande variété de chaussures.
Mais si l’on ne travaille plus en costume et que l’on cherche une pièce capable de vivre ailleurs que dans un bureau, d’autres choix deviennent intéressants.

Une flanelle grise, par exemple, possède une présence différente d’une laine froide très lisse. Elle peut conserver toute la formalité nécessaire avec une chemise et une cravate, tout en s’accordant plus naturellement à une maille lorsqu’elles sont portées séparément.
Une laine texturée, un brun discret ou certaines nuances de vert peuvent également apporter davantage de caractère.
Il ne s’agit pas de rendre le costume original à tout prix.
Il s’agit de choisir une matière dont le caractère correspond à l’usage que l’on en fera.
Et la cravate ?
Son recul dans la vie professionnelle ne signifie pas qu’elle soit devenue inutile. Au contraire, sa disparition quotidienne lui rend peut-être une partie de son intérêt.
La cravate peut désormais être portée parce que l’on souhaite réellement en porter une. Elle peut accentuer la formalité d’un costume, introduire une couleur ou simplement donner à la silhouette une construction plus nette.
Ce qui importe est la cohérence de l’ensemble. Une veste très formelle portée avec une chemise au col parfaitement structuré et une belle cravate peut être infiniment plus naturelle qu’un costume strict auquel on aurait ajouté artificiellement des sneakers pour tenter de le rendre contemporain.
Le problème n’a jamais été la formalité. C’est l’absence de raison.
Combien de costumes faut-il réellement posséder ?
Probablement moins qu’autrefois.
Un homme qui porte quotidiennement le costume n’a évidemment pas les mêmes besoins que celui qui n’en porte que quelques fois par an. Pour le premier, la qualité du tissu, de la construction et de la coupe justifie un investissement important : le vêtement est utilisé constamment.
Pour le second, la logique est différente.

Un seul costume parfaitement choisi peut suffire pour les mariages, cérémonies et événements formels. Dans ce cas, mieux vaut privilégier une coupe intemporelle et une couleur facile à porter plutôt que chercher une pièce trop singulière.
Si le costume doit également accompagner des dîners, des voyages ou des occasions moins formelles, le choix peut être plus personnel. Une matière intéressante et une construction plus souple offriront davantage de possibilités.
Le budget doit donc être mis en relation avec l’usage réel, plutôt qu’avec une idée abstraite de ce que devrait être un vestiaire masculin.
Le retour du tailoring ne signifie pas celui de l’ancien monde
C’est sans doute le point le plus intéressant dans l’évolution actuelle. Voir davantage de costumes dans les collections ne signifie pas que les hommes vont recommencer à s’habiller comme leurs pères. Le monde professionnel qui avait rendu le costume indispensable n’existe plus sous la même forme.
Le tailoring revient dans un environnement où coexistent sneakers, denim, maille, cuir, vêtements techniques et sportswear. Il doit donc trouver sa place parmi eux.
La campagne BOSS le montre assez bien : une veste croisée peut côtoyer un col roulé ; un costume peut être accompagné d’un long manteau ; une silhouette plus formelle peut exister à quelques mètres d’une autre beaucoup plus décontractée.
La maison ne cherche pas à restaurer un uniforme. Elle montre comment un même vestiaire masculin peut accueillir plusieurs degrés de formalité.
Alors, à quoi sert encore un costume ?
À quelque chose de très simple : à s’habiller. La nuance peut sembler insignifiante, mais elle ne l’est pas.
Lorsque le costume était imposé, son utilité ne faisait aucun doute. Il servait à respecter un code. Aujourd’hui, il peut être choisi sans nécessité particulière. On peut apprécier une belle veste, la précision d’une coupe, la façon dont un pantalon tombe, la présence d’une laine ou simplement la silhouette que forme l’ensemble.
Il n’est plus indispensable. C’est précisément ce qui le rend intéressant. Le costume de 2026 n’a pas besoin de reconquérir le bureau. Il peut très bien rester dans le placard pendant plusieurs jours avant d’en sortir pour un dîner, un voyage ou une occasion particulière.
Il n’est plus un uniforme professionnel. Il est devenu un vêtement que l’on choisit.
Et peut-être est-ce la meilleure raison de continuer à le porter.
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Campagne BOSS Automne/Hiver 2026. Photographies : Matthew Brooks. © BOSS


