Il suffit d’un matin frais suivi d’un déjeuner en terrasse pour se rappeler à quel point la mi-saison complique les choses. Le manteau est déjà trop lourd, la chemise seule encore optimiste et la veste choisie à huit heures finit souvent sur le dossier d’une chaise avant midi.
C’est pourtant l’une des périodes les plus intéressantes pour s’habiller. Parce qu’aucune pièce ne s’impose véritablement, on peut revenir à des vestes qui ont une fonction mais aussi une allure : un blouson en daim, une Harrington, une field jacket, un trench ou une veste en laine légère. Des vêtements suffisamment présents pour construire une silhouette, sans donner l’impression de s’être habillé pour l’hiver avant tout le monde.
La difficulté consiste moins à trouver une bonne veste qu’à choisir celle que l’on portera réellement. Et sur ce point, les usages comptent davantage que les tendances.
Le daim, lorsque l’on veut rester élégant sans porter de blazer

Un blouson en daim brun porté sur une chemise Oxford, un polo en maille ou un simple tee-shirt blanc résout beaucoup de situations. Il convient au déjeuner du week-end, à une journée en ville, à un voyage et suffisamment souvent au bureau lorsque celui-ci n’impose plus de tenue formelle.
C’est ce qui en fait l’une des meilleures premières options.
Le daim possède surtout une qualité que peu de matières offrent : il enrichit immédiatement une tenue très simple. Avec un jean brut et une paire de mocassins, il n’est guère nécessaire d’en faire davantage. Avec un pantalon en laine gris et une maille fine, il peut prendre la place qu’aurait occupée un blazer sans donner à l’ensemble la même formalité.
Je choisirais un modèle assez épuré, coupé près du corps sans être ajusté, et suffisamment ample pour accepter une maille légère en dessous. Le brun tabac ou chocolat offre davantage de possibilités que le noir et vieillira généralement avec plus de charme.
Il faut en revanche accepter sa principale faiblesse : ce n’est pas la veste que l’on choisira un matin de pluie. Si elle doit être l’unique veste légère du vestiaire, mieux vaut donc réfléchir à son climat avant de céder à la beauté de la matière.
La Harrington reste difficile à battre

La Harrington possède moins de présence, et c’est précisément son intérêt.
Une bonne Harrington bleu marine, beige, olive ou brun foncé peut être portée trois jours de suite sans jamais sembler imposer la tenue. Elle fonctionne avec un jean, un chino ou un pantalon en laine ; avec un polo le samedi comme avec une chemise en semaine.
Sa simplicité la rend également assez sensible aux proportions. Les versions très courtes et très ajustées qui ont été populaires pendant quelques années sont moins convaincantes avec les pantalons actuels, souvent plus droits et plus amples. Une coupe légèrement plus généreuse permet à la veste de tomber naturellement sans perdre ce qui fait son intérêt : une silhouette courte et nette.
C’est aussi une pièce sur laquelle la sobriété paie. Un beau coton, une fermeture de qualité, un col qui conserve sa forme et des bords-côtes suffisamment fermes comptent davantage qu’une accumulation de détails techniques.
Pour celui qui cherche une seule veste à laisser près de la porte de mars à mai, puis de septembre aux premiers froids, la Harrington reste probablement le choix le plus raisonnable.
La field jacket, l’utilitaire devenu urbain

La field jacket a suffisamment quitté son origine militaire pour ne plus donner l’impression de sortir d’un surplus. Et c’est probablement aujourd’hui l’une des alternatives les plus intéressantes au blouson court.
Ses quatre poches lui donnent davantage de présence qu’une Harrington, tandis que sa longueur — généralement juste sous les hanches — fonctionne particulièrement bien avec les pantalons plus amples que l’on porte aujourd’hui. Elle accepte également très bien les superpositions : tee-shirt au début de l’automne, chemise ou polo en maille, puis pull fin lorsque les températures baissent.
Je choisirais cependant une interprétation assez éloignée de la M-65 originale. Pas besoin d’épaulettes, de cordons apparents ou d’une multitude de détails militaires. Une toile de coton dense, quatre poches bien proportionnées et un col simple suffisent.
L’olive reste naturellement très efficace, notamment avec du denim, du beige, du gris et du bleu marine. Mais un modèle tabac ou bleu foncé perd une partie de son héritage militaire et devient beaucoup plus urbain.
C’est aussi une veste sur laquelle quelques marques d’usage ne sont pas un problème. Une toile de coton légèrement patinée sera souvent plus belle après deux ou trois saisons qu’au premier essayage.
Si vous portez principalement jeans, chinos, polos et mailles, elle mérite clairement d’être considérée.
Le trench, à condition d’en avoir réellement besoin

Le trench souffre parfois d’être présenté comme l’un de ces indispensables que tout homme devrait posséder. Je n’en suis pas certain.
Si l’on se déplace principalement en voiture dans une région sèche, un trench peut passer une bonne partie de l’année dans un placard. Dans une ville où une journée de printemps peut commencer sous le soleil et se terminer sous une averse, son utilité devient beaucoup plus évidente.
C’est là qu’il excelle.
Il protège davantage qu’un blouson court, se porte facilement sur une veste et reste suffisamment léger pour être conservé sur soi lorsque la température remonte. Il a aussi l’avantage de ne pas sacrifier la tenue à la fonction, ce que toutes les vestes imperméables ne peuvent pas revendiquer.
La longueur est essentielle. Un trench trop court perd une bonne partie de son intérêt pratique et peut donner des proportions assez ingrates. Je préférerais un modèle arrivant autour du genou, avec suffisamment d’aisance aux épaules pour être porté sur un blazer ou un costume.
Le beige est le choix historique et probablement le plus séduisant. Le bleu marine a cependant un avantage pour celui qui porte beaucoup de gris, de bleu et de noir : il attire moins l’attention et s’intègre presque immédiatement.
La veste en laine, pour ceux qui regrettent un peu le tailoring

Il existe aussi une solution pour celui qui aime la ligne d’une veste mais n’a aucune envie de paraître en costume.
Une veste légère en laine, peu structurée et réalisée dans un tissu présentant suffisamment de texture peut être remarquablement facile à porter. L’épaule naturelle et une construction souple comptent ici davantage que les détails sartoriaux.
Le tissu fait presque tout.
Une laine bleu marine très fine et très lisse évoquera rapidement une veste de costume dont on aurait égaré le pantalon. Un hopsack, une laine plus sèche, une flanelle légère ou un mélange laine-lin donnent une impression très différente. Ils permettent d’associer la veste à un pantalon gris, beige ou même à un denim sans que l’ensemble paraisse accidentel.
C’est une distinction importante au moment de l’achat. Une veste n’est pas polyvalente simplement parce qu’elle est bleu marine.
Si vous souhaitez la porter aussi bien au restaurant qu’au bureau ou pendant un week-end, regardez d’abord sa matière et sa construction. La couleur vient ensuite.
Et puis il y a la veste cirée

Une veste cirée britannique ne cherche guère à être discrète, même lorsqu’elle est d’un vert très sombre. Ses poches, son col en velours côtelé et sa toile qui se marque avec le temps appartiennent à un vocabulaire immédiatement identifiable.
C’est justement ce qui la rend intéressante.
Bien portée, elle ne ressemble pas à une veste technique que l’on aurait choisie parce que la météo s’annonce mauvaise. Elle apporte quelque chose à la tenue, particulièrement avec du denim, du velours côtelé, une chemise Oxford ou une grosse maille.
Je ne la considérerais pourtant pas comme le choix universel que sa réputation pourrait laisser penser. Son héritage country est très présent et ne correspond pas à tous les styles. Avec un vestiaire essentiellement urbain, très épuré et formel, le contraste peut sembler forcé.
En revanche, si l’on porte déjà des mocassins, des derbies, des jeans droits, de la maille et des pantalons en coton, elle trouve généralement sa place sans difficulté.
Et contrairement au daim, quelques gouttes de pluie ne sont pas une raison pour rentrer la mettre à l’abri.
Ce qu’il faut vraiment regarder avant d’acheter
Les différences entre toutes ces vestes sont évidentes. Les critères qui permettent de reconnaître une bonne pièce le sont moins.
Le premier est l’aisance. Une veste de mi-saison essayée en boutique sur un tee-shirt peut sembler parfaitement coupée et devenir inconfortable deux semaines plus tard lorsque l’on souhaite ajouter un pull. Essayez-la donc avec la couche la plus épaisse que vous pensez porter régulièrement dessous. Si les épaules remontent ou si la fermeture tire sur le torse, elle est trop petite.
La longueur mérite la même attention. Les vestes courtes comme la Harrington fonctionnent particulièrement bien avec un pantalon droit ou légèrement ample. Une field jacket supporte davantage de longueur. Un trench, lui, perd beaucoup de sa raison d’être lorsqu’il s’arrête à mi-cuisse. Il n’existe pas de mesure idéale ; il existe en revanche des proportions qui doivent rester cohérentes avec le reste de la silhouette.
Vient ensuite la matière. C’est souvent elle qui déterminera la fréquence à laquelle vous porterez réellement la veste. Le daim est magnifique mais demande quelques précautions. Une toile de coton est plus facile à vivre. La laine convient particulièrement bien à un vestiaire habillé. Une toile cirée accepte la pluie et gagne en personnalité avec les années. Les fibres techniques sont utiles lorsqu’elles répondent à un besoin précis ; beaucoup moins lorsqu’elles ne servent qu’à ajouter une promesse de performance à l’étiquette.
Regardez également la doublure. Une veste entièrement doublée glisse facilement sur une maille mais devient vite trop chaude lorsque le printemps s’installe. Une construction non doublée ou partiellement doublée offre souvent une plage d’utilisation plus large.
Enfin, essayez de résister au mot « polyvalent » lorsqu’il est employé sans précision. Une veste ne devient pas intéressante parce qu’elle peut théoriquement être portée avec tout.
Avant de l’acheter, imaginez trois tenues que vous possédez déjà et avec lesquelles vous la porteriez dès la semaine suivante. Pas trois tenues que vous pourriez acheter pour aller avec.
La nuance permet d’éviter beaucoup d’erreurs.
Alors, laquelle choisir ?
Pour un premier achat, la Harrington reste la plus facile à recommander. Elle demande peu d’entretien, s’accorde avec l’essentiel d’un vestiaire décontracté et traverse les années sans véritablement vieillir.
Si vous possédez déjà ce type de veste et souhaitez quelque chose de plus élégant, je regarderais le daim. La field jacket offre davantage de décontraction et fonctionne particulièrement bien avec le denim et les chinos. Pour accompagner davantage de pantalons en laine et de chemises, une veste légère en laine devient probablement plus pertinente.
Le trench répond à un autre besoin : celui de la pluie et des tenues plus habillées. La veste cirée conviendra à celui qui apprécie déjà ce registre britannique.
Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de les posséder toutes.
Une bonne veste de mi-saison devrait surtout avoir une qualité assez simple : lorsque la température hésite et que vous ouvrez votre placard le matin, c’est elle que vous prenez sans avoir besoin d’y penser.


