À Malia, sur la côte nord-est de la Crète, le paysage donne immédiatement le ton. La mer Égée ferme l’horizon, les reliefs découpent l’arrière-plan et les oliviers accompagnent une propriété qui préfère s’étendre au ras du sol plutôt que s’imposer dans le décor. À quelques kilomètres seulement du site archéologique minoen de Malia, Phāea Cretan Malia occupe ainsi une position particulière : celle d’un grand resort de 204 chambres qui cherche pourtant à conserver l’échelle, les matières et certains usages d’une maison crétoise.
L’hôtel appartient à Phāea Resorts, groupe familial profondément implanté en Crète. Son histoire remonte à 1989, mais sa physionomie actuelle doit beaucoup à la transformation menée par Vana Pernari Architecture Studio, achevée en 2020. Les structures modernistes d’origine ont été conservées puis réinterprétées autour d’un principe simple : maintenir des bâtiments bas, largement ouverts sur les jardins et sur la mer. Aucun ne dépasse deux étages, et dès l’arrivée, une perspective traverse la propriété jusqu’à l’Égée.

Cette horizontalité change sensiblement la perception du lieu. Phāea Cretan Malia reste un resort, avec trois piscines, plusieurs restaurants, un spa, des équipements sportifs et des espaces destinés aux familles. Mais son architecture évite autant que possible l’effet de grand complexe hôtelier. Les 13 bâtiments d’hébergement sont dispersés au milieu des palmiers, figuiers de Barbarie, bananiers et essences méditerranéennes qui structurent autant le paysage que l’architecture.
Une Crète contemporaine, loin du décor de carte postale
À l’intérieur, Vana Pernari a travaillé à partir de couleurs directement liées au territoire : terracotta, jaune moutarde, bleu marin, vert végétal ou orange. Le bois de noyer, le bambou, le rotin, la pierre et le marbre crétois prolongent cette palette, tandis que de grandes ouvertures permettent à la lumière et aux jardins d’entrer dans les espaces communs comme dans les chambres.
Le résultat évite la reconstitution folklorique. Le mobilier scandinave et les références modernistes rencontrent des pièces réalisées par des artisans locaux, des céramiques, des carreaux de ciment fabriqués à la main et plusieurs œuvres inspirées de la végétation crétoise. GUBI, Børge Mogensen ou 101 Copenhagen apparaissent ainsi aux côtés de créations plus artisanales. Dans le lobby, l’influence mid-century est particulièrement visible ; ailleurs, l’atmosphère devient plus solaire, parfois presque bohème.
Les 204 chambres, bungalows et suites reprennent cette approche avec suffisamment de variations pour éviter l’uniformité. Le marbre crétois rejoint le bois de châtaignier grec, les fibres naturelles et les écrans de rotin. Les logements occupent uniquement le rez-de-chaussée ou le premier étage et disposent d’un balcon ou d’une terrasse sur jardin, renforçant la relation constante avec l’extérieur.
Cette cohérence compte sans doute davantage que l’accumulation de signatures de design. À Phāea Cretan Malia, l’intérêt vient surtout de la manière dont les différentes pièces composent progressivement une image de la Crète : suffisamment actuelle pour ne pas verser dans le pastiche, suffisamment locale pour ne pas ressembler à n’importe quel hôtel méditerranéen.
La cuisine comme autre porte d’entrée sur l’île
C’est dans les restaurants que cette volonté d’ancrage devient la plus concrète. Une partie des légumes, fruits et herbes utilisés dans les cuisines pousse directement dans le potager de la propriété : tomates, aubergines, grenades, oignons, poivrons, sauge, romarin, origan ou dictame crétois. De juin à septembre, cet espace accueille également Bostani, une série de dîners végétariens organisés autour des récoltes de saison.

Mouries en constitue l’expression la plus traditionnelle. Le restaurant prend la forme d’une cour crétoise entourée d’arbres et de grandes jarres en terre cuite. Ici, le chef Lefteris Iliadis travaille légumes, herbes sauvages, huile d’olive, viandes et poissons autour de recettes insulaires. La cuisine fonctionne sans électricité : four en pierre et cuisson au feu assurent l’essentiel de la préparation.
L’expérience dépasse le dîner. Des cours de cuisine permettent aux clients de cueillir certains ingrédients dans les jardins avant de préparer des plats locaux ; dégustations d’huile d’olive et de vins crétois complètent le programme. Même le petit-déjeuner privilégie miel de montagne, fromages, charcuteries régionales, figues et bananes de Malia ou café grec préparé dans le sable chaud.
Ailleurs, l’hôtel élargit volontairement le registre. Almyra, ouvert sur la mer, regarde vers l’Italie avec pizzas au four à bois, poissons et produits locaux. The Beach Shack assume une cuisine plus informelle au bord de l’eau, tandis que Melissi fait du bar du lobby un point de rencontre autour de cocktails utilisant notamment raki et vins grecs. Le petit Kafenio, caché dans les jardins, revient quant à lui à une formule beaucoup plus simple : café, mezze, desserts locaux et tsikoudia.
Un resort où l’on peut aussi ralentir
Le reste du séjour suit le même principe. Trois piscines ponctuent les jardins, dont une longue River Pool qui serpente entre bungalows, restaurants et végétation. Une bibliothèque et plusieurs espaces de repos s’ajoutent à la plage, tandis que The Cute Spa se dissimule parmi bananiers et cactus. Ses deux salles de soin proposent notamment une thérapie méditerranéenne utilisant figue crétoise et huile d’olive. Yoga, Pilates, méditation et entraînement en extérieur prolongent cette approche plus douce du bien-être.

L’établissement assume également son caractère familial, avec un club pour les enfants, un espace distinct pour les adolescents, un court de tennis et de basket, des vélos électriques et différentes activités tournées vers l’environnement. Cette polyvalence pourrait facilement faire basculer l’ensemble vers le resort classique. Elle est pourtant tempérée par l’aménagement du site : la végétation compartimente naturellement les espaces et permet à plusieurs atmosphères de coexister sans donner l’impression d’une infrastructure unique surdimensionnée.
L’engagement environnemental suit lui aussi cette logique très locale. Potagers biologiques, valorisation des producteurs crétois, compostage, réduction des déchets, panneaux solaires et absence d’engrais chimiques participent à une stratégie installée de longue date. Le programme Phāea Farmers va plus loin en accompagnant les activités agricoles des employés pendant la basse saison et en permettant à l’hôtel de s’approvisionner directement en certains produits, dont sa propre huile d’olive extra-vierge.
Phāea Cretan Malia trouve finalement son intérêt dans cet équilibre. L’adresse possède les dimensions et les services d’un resort, mais son identité se construit ailleurs : dans des bâtiments bas, une cuisine reliée au potager, des meubles mêlant design contemporain et artisanat, et une relation permanente avec les paysages de l’île.
À une époque où de nombreux hôtels méditerranéens empruntent les mêmes codes visuels, cette fidélité à la Crète devient peut-être son luxe le plus convaincant.


