Les 19 et 20 septembre, le Rolex SailGP Championship retrouve Genève pour la deuxième fois. Treize équipages, des catamarans capables de dépasser les 100 km/h et un plan d’eau plus technique qu’il n’y paraît : le spectacle promet d’être aussi impressionnant que disputé.
Le décor est presque trop calme pour les bateaux qui vont le traverser. D’un côté, les rives de Genève et le Jet d’eau. De l’autre, treize F50 capables de s’élever sur leurs foils et d’atteindre des vitesses que l’on associerait plus volontiers à un engin motorisé qu’à un voilier.
Pour cette deuxième édition suisse, Genève constitue la 11e étape d’une saison 2026 devenue largement internationale, après le passage du championnat par l’Australie, le Brésil, l’Amérique du Nord et plusieurs escales européennes.
Entre-temps, les performances ont encore progressé. À Sassnitz, en Allemagne, la DS Automobiles SailGP Team France a ainsi porté le record de vitesse du championnat à 107,63 km/h. Un chiffre spectaculaire, mais qui résume assez bien ce qu’est devenu SailGP : une forme de voile où l’aérodynamique, les réglages et la coordination de l’équipage comptent autant que la lecture du plan d’eau.
Le Léman change la donne
Genève possède surtout une particularité rarement rencontrée au cours de la saison : les équipages naviguent en eau douce.
La différence peut sembler minime. Elle ne l’est pas lorsqu’il faut maintenir un catamaran lancé à très haute vitesse sur ses foils. L’eau douce étant moins dense que l’eau salée, le bateau tend à s’enfoncer davantage, ce qui oblige les équipages à adapter leurs réglages et à être encore plus précis dans les transitions.
« L’eau douce représente un défi inhabituel, car les catamarans F50 à foils s’y comportent différemment que dans l’eau salée : ils ont tendance à s’enfoncer davantage », explique Hannah Mills, tacticienne de l’Emirates GBR SailGP Team.
Sur un parcours court, où les bateaux évoluent parfois à quelques mètres les uns des autres, une perte de vitesse lors d’un virement ou d’un empannage peut suffire à modifier entièrement une manche.
C’est aussi ce qui rend SailGP particulièrement accessible à regarder. Les courses sont courtes, les départs extrêmement disputés et les écarts réduits. Même sans être familier de la régate, il suffit de quelques minutes pour comprendre ce qui se joue : conserver le vol, trouver la bonne trajectoire et éviter la moindre hésitation.
La précision avant tout

La saison 2026 a également modifié le format des Grands Prix. Depuis l’étape de Portsmouth, les treize équipes sont réparties en deux groupes lors des courses en flotte, avant une finale réunissant les meilleurs équipages.
Une évolution qui réduit encore la marge d’erreur.
Tom Slingsby, barreur de la BONDS Flying Roos SailGP Team, résume le niveau de précision nécessaire à bord : selon lui, une seule manœuvre comprend 41 séquences devant s’enchaîner parfaitement. Le moindre décalage de l’un des équipiers peut perturber tout ce qui suit.
À ces vitesses, le F50 exige une coordination presque mécanique. Pilote, contrôleur de vol et régleurs doivent intervenir simultanément pour conserver suffisamment de portance, ajuster la trajectoire et empêcher les coques de retoucher l’eau.
C’est souvent là que se fait la différence entre une manœuvre parfaitement fluide et plusieurs précieuses secondes abandonnées.
À l’approche de la fin de saison, l’enjeu sportif devient lui aussi plus important. L’équipe australienne de Tom Slingsby occupe la tête du championnat devant les Espagnols de Los Gallos, avec 17 points d’avance, tandis que les places pour la Grande Finale restent très disputées.
Genève arrive donc à un moment où chaque manche commence réellement à compter.
Une autre façon de regarder la voile
Pour Rolex, l’étape possède évidemment une dimension particulière. La manufacture genevoise accompagne le championnat depuis sa création en 2019 et en est devenue partenaire titre avant la saison 2025. Son histoire avec la régate est toutefois bien plus ancienne, avec une première association avec le New York Yacht Club remontant à 1958.
SailGP inscrit aujourd’hui cet engagement dans une vision très contemporaine de la voile.
Le championnat compte désormais 13 équipes et met en scène des bateaux dont les performances se rapprochent davantage de celles de prototypes que de voiliers traditionnels. Matériaux composites, foils, hydraulique, analyse de données : les F50 concentrent une partie des évolutions qui ont profondément transformé la voile de haut niveau.
Genève offre à cette technologie un décor singulier. Le contraste entre le lac, le Jet d’eau et ces catamarans lancés à pleine vitesse résume assez bien l’attrait de SailGP : un sport historiquement lié à la mer devenu un spectacle compact, rapide et immédiatement lisible depuis la rive.
Pour sa deuxième venue sur le Léman, le championnat arrive aussi à un moment décisif de sa saison. Pendant deux jours, Genève ne sera donc pas seulement l’une des étapes les plus photogéniques du calendrier. Elle pourrait également peser directement sur la course au titre.


